Henri Guillemin – L’autre avant-guerre (1871-1914).

Henri Guillemin

Henri Guillemin est né le 19 mars 1903 à Mâcon. Il fréquente l’École normale supérieure et obtient une agrégation en lettres en 1927. Professeur dans plusieurs universités françaises, il est contraint de quitter Bordeaux en 1942 pour se réfugier en Suisse. Il entretient des liens privilégiés avec Neuchâtel où il séjourne fréquemment.
En 1945, Henri Guillemin devient conseiller culturel auprès de l’ambassade de France à Berne, puis, de 1963 à 1973, professeur à l’Université de Genève. Il s’éteint le 4 mai 1992 à Neuchâtel.
Spécialiste du XIXe siècle, il a été tout à la fois historien, critique littéraire et écrivain prolifique. Cet intellectuel non-conformiste a suscité autant l’admiration du grand public que la critique féroce des milieux académiques. Il a ainsi été banni des télévisions française et belge. Cet ostracisme a fait le bonheur des téléspectateurs de Suisse romande qui ont pu profiter de ses talents de conférencier entre 1958 et 1973.

L’autre avant-guerre (1871-1914)

Remonter aux sources de la Grande Guerre, pour Henri Guillemin, c’est faire l’inventaire de la naissance de la IIIe République. De Sedan à août 1914.
Série d’émission en 13 épisodes diffusée à la RTS (Radio Télévision Suisse) de Janvier à Juin 1972.

1. l’ordre moral

du gouvernement de la défense nationale de gambetta en 1870 aux présidences successives de thiers et de mac mahon, henri guillemin relate les débuts hésitants de la iiie république. en mai 1873, mac mahon, d’obédience légitimiste, est élu président de la république. afin d’assurer ce qu’il va appeler l’ordre moral, son gouvernement va prendre toute une série de dispositions afin de renforcer les bastions royalistes.

2. la république des républicain

suite à la démission de mac mahon en 1879, les idées républicaines triomphent. les différents présidents du conseil instaurent dans les faits une république laïque, démocratique et parlementaire dont jules ferry sera l’une des grandes figures. ses lois sur l’enseignement sont destinées à contrer le pouvoir des ecclésiastiques par la formation de citoyens éclairés.

3. début du colonialisme

la france reprend sa conquête coloniale en afrique et en asie sous l’impulsion de jules ferry, au bénéfice de la bienveillance de bismarck qui y voit un dérivatif au ressentiment contre l’allemagne. cet engagement colonial pèsera lourdement dans la politique intérieure et extérieure de la iiie république.

4. Le général Boulanger

Ministre de la guerre dans un gouvernement républicain de centre-gauche de 1886 à 1887, le général Boulanger devint très populaire en militant pour la fin des privilèges dans l’armée et en y améliorant les conditions de vie de la troupe.
Il incarna aussi la défense nationale française face à la montée en puissance de l’Allemagne de Bismarck: il fut baptisé le «Général la Revanche».
Démis de ses fonctions de ministre et mis à la retraite militaire, Boulanger bénéficia du soutien de l’extrême-droite et du prolétariat lors d’élections partielles : d’abord député de Lille, puis celui de Paris après un véritable plébiscite. Le peuple l’appelle alors à marcher sur l’Elysée, ce qu’il refuse. C’est le début du déclin.

5. De Boulanger à Dreyfus

De Boulanger à Dreyfus, la montée du socialisme en France dans les années 1890. Alors qu’ils n’avaient obtenu que 90.000 voix aux élections de 1885, les socialistes comptent 600.000 électeurs en 1893 et 51 députés dans l’Assemblée nationale, dont Jean Jaurès.
Pour contrer cette montée en puissance «subversive», l’église catholique, par la voix du pape Léon XIII, tente de récupérer le prolétariat en rompant avec le monarchisme, et aussi en s’alliant avec les Républicains «opportunistes» au pouvoir.
La droite, elle tente de s’emparer du scandale de la faillite de la compagnie du canal de Panama pour faire tomber la République.

6. L’affaire Dreyfus

En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne et condamné à la déportation en Guyane. Quatre ans plus tard, un article de Zola incrimine l’armée pour avoir fait condamner un innocent, qui plus est juif.

7. La Défense républicaine

En pleine affaire Dreyfus, le Président de la République Emile Loubet appelle le progressiste Pierre Waldeck-Rousseau à former un gouvernement dit de Défense républicaine. Pour la première fois, un socialiste en fait partie: Alexandre Millerand. En trois ans, le Cabinet de Waldeck-Rousseau va épurer l’armée et l’administration, obtenir la grâce de Dreyfus et tenter de contenir l’influence des écclésiastiques avec l’édition de la loi de 1901 sur les associations.

8. L’occident dévore le monde

La ruée des pays occidentaux sur les territoires coloniaux. En 1890, la France est dominée par les affairistes et l’intérêt pour les pays d’outre-mer est croissant.
Le Comité de l’Afrique française, dont le but est de servir la cause de l’influence française, est paradoxalement constitué de banquiers, de présidents de compagnie de navigation et autres financiers. Un nouveau parti politique, le Groupe colonial, est créé à la Chambre en 1894.

9. République bourgeoise

La tromperie des étiquettes politiques en France. Progressistes et radicaux usent de slogans dont le sens s’apparente parfois à la doctrine marxiste, plus pour calmer l’opinion excédée que par volonté de progrès social. Pour Clémenceau, la supercherie est évidente. Le Parti radical, essentiellement composé de banquiers, d’agents de change et d’industriels ne désire pas l’impôt sur le revenu. Clémenceau dénonce la création du parti.

10. Le Maroc

L’Evolution des alliances internationales nouées par la France au tournant du siècle conduiront inexorablement à la guerre.
Cette politique d’alliance de la France passe dans un premier temps par un traité «secret» de coopération militaire avec la Russie du tsar Nicolas II. Ensuite, une détente avec l’Allemagne de l’empereur Guillaume II. Et enfin l’Entente cordiale avec l’Angleterre du roi Edouard VII pour le partage du Maroc.
Un homme agit en coulisse lors de cette période coloniale: le ministre des Affaires étrangères Théophile Delcassé.

11. La guerre qui vient

Le président du Conseil Raymond Poincaré prépare l’entrée en guerre de la France.
Joseph Caillaux, son prédécesseur, avait négocié la convention franco-allemande pour un arrangement colonial. Poincaré et son ministre de la Guerre Alexandre Millerand vont s’ingénier à prendre le chemin inverse: lever des troupes en Algérie et au Maroc, favoriser une entente avec la Russie et l’Angleterre, et enfin préparer l’opinion publique à la guerre pour laver l’affront de la perte de l’Alsace.
Quant à la Russie, elle se réjouit de l’alliance avec la France pour faire face à l’avancée de l’empire austro-hongrois dans les Balkans. Tous les éléments sont réunis pour un conflit à l’échelle du continent.

12. Le socialisme : Jaurès

Grande figure du socialisme français défensseur du camp de la paix. Ses détracteurs accusaient Jean Jaures d’être un mauvais patriote préparant l’invasion allemande. Le 31 juillet 1914, il est assassiné à Paris par un militant nationaliste. Jaurès est aussi ce philosophe qui osait dénoncer, au XIXe siècle déjà, l’absurdité des conquêtes coloniales.

13. L’explosion de 1914

Le dogme historique voudrait que la guerre de 1914 – 1918 ait été causée par l’Allemagne. D’après Henri Guillemin le mobile est plutôt à chercher dans les tensions de politique intérieure, françaises en particulier.
Les conservateurs français craignent l’établissement du fameux impôt sur le revenu cher aux socialistes, qui sont arrivés en force (plus de 100 députés) à l’Assemblée lors des élections de mai 1914. La droite nationaliste et affairiste ne voit qu’un moyen d’éviter cet écueil: la guerre contre l’Allemagne. Elle permettrait de flatter l’énorme chauvinisme du peuple français et de concrétiser l’idée de la Revanche.
C’est le fameux attentat de Sarajevo du 28 juin 1914, fatal à l’archiduc François-Ferdinand, prince héritier du trône d’Autriche, qui sera le déclencheur: l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie.
Le président de la République Raymond Poincaré et le gouvernement d’union nationale ne feront rien pour retenir la mobilisation russe et la déclaration de guerre de Guillaume II.
Le jeu des alliances entraîne alors successivement les pays européens dans le premier conflit mondial.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *